RDC : sanctions contre Corneille Naanga, quel impact ?
17 juillet 2026Alors que la République démocratique du Congo assure la présidence tournante du Conseil de sécurité des nations unies pour le mois de juillet, ce conseil vient de décider des sanctions contre Corneille Nangaa, coordinateur du mouvement rebelle AFC/M23 et d’autres responsables des groupes armés opérant dans l’Est de la RDC.
Outre Corneille Nangaa, les autres responsables des groupes armés concernés par ces sanctions onusiennes sont John Imani Nzenze, chef du renseignement de l’AFC/M23, Charles Sematama, chef militaire du groupe armé Twirwaneho, Gustave Kubwayo, commandant des FDLR, Sébastien Kimenyi, responsable du renseignement FDLR et Muhammed Lumisa, commandant des ADF.
Des sanctions que l’AFC/M23 qualifie de “sélectives” et “discriminatoires” et qui interviennent alors que le groupe armé est impliquée dans différents processus pour la recherche de la paix.
Un timming qui n’est pas anodin
Le professeur Bob Kabamba, enseignant à l’Université de Liège, en Belgique, pense que l’Onu essaie d’isoler le mouvement rebelle de la scène des processus de paix, ce qui pourrait tout compliquer.
“Ça va être un peu difficile de voir dans quelle mesure l’Onu elle-même qui a pris ces sanctions va pouvoir être sur le terrain et continuer à travailler avec l’AFC/M23, notamment au niveau de la coordination pour la mise en oeuvre de ces différents processus et aussi dans le cadre de la mission même des Nations unies, parce qu’à plusieurs reprises, la mission des nations unies a aussi collaboré étroitement avec l’AFC/M23“, explique-t-il au micro de la DW.
Ces sanctions s’inscrivent dans le fonctionnement normal du régime des sanctions du conseil de sécurité. Mais, le moment choisi n’est pas dû au hasard. C’est ce qu’estime le professeur Julien Mahatma Tazi, enseignant en relations internationales à l’Université de Kinshasa.
“La visibilité internationale de la présidence congolaise a sans doute contribué à maintenir la crise de l’est de la République démocratique du Congo au centre des préoccupations diplomatiques. Aussi, les nations unies veulent montrer que les négociations ne signifient pas l’abandon de la responsabilité individuelle des acteurs accusés d’alimenter les conflits. Les sanctions visent donc à accroître la pression sur les dirigeants des groupes armés tout en soutenant les efforts diplomatiques“, estime-t-il.
Dans tous les cas pour le professeur Julien Mahatma, ces sanctions ont un impact sur le conflit car, elles affaiblissent la légitimité internationale des responsables des groupes armés, limitent leur déplacement et peuvent réduire leur accès aux ressources financières si les Etats appliquent effectivement ces mesures.
La société civile exige une application rapide des sanctions
C’est justement la non-application de ces sanctions qui inquiète la société civile dans les zones sous le contrôle des rebelles. Fiston Misona est le président de la Société civile de Walikale, dans la province du Nord-Kivu.
“Nous avons toujours l’inquiétude de voir que chaque fois il y a des sanctions, mais ces sanctions-là ne sont pas appliquées telles que demandées. Voilà donc pourquoi nous demandons aux Nations unies de faire tout pour que ces sanctions soient applicables à l’égard de tous ceux-là qui font des violations des droits de l’homme en République démocratique du Congo“, exige-t-il.
Ce n’est pas la première fois que ces acteurs sont sanctionnés, notamment Corneille Nangaa. Ce dernier a déjà été sanctionné deux fois par les Etats-Unis et une fois par l’Union européenne.



