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Corruption : le nouveau classement révèle des reculs

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Corruption : le nouveau classement révèle des reculs

Sandrine Blanchard | Alexa Meyer
10 février 2026

Transparency International publie son nouvel Indice de perception de la corruption, qui évalue le niveau perçu de corruption dans le secteur public de 180 pays.

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Allemagne Berlin 2010 | Photo de dossiers de presse lors de la présentation de l'indice de perception de la corruption Transparency International (archive)

Selon l’indice de perception de la corruption 2025 (IPC) de Transparency International, la corruption s’aggrave à l’échelle mondiale. Y compris dans les démocraties établies qui sont confrontées à une augmentation de la corruption dans un contexte de déclin du leadership politique.

L’IPC classe 182 pays et territoires en fonction de leur niveau perçu de corruption dans le secteur public sur une échelle de zéro (très corrompu) à 100 (très propre).

Plus des deux tiers des pays ont un résultat inférieur à 50/100 dans le classement qui vient d’être publié.

Allemagne Berlin 2019 | photo d'un panneau lors de la conférence de presse de  Transparency International sur l'IPC 2019 (illustration)

Méthodologie

Par définition, la corruption est difficilement mesurable, puisqu’elle regroupe des pratiques pour la plupart illégales, donc dissimulées.

En revanche, il est possible de mesurer le taux de corruption d’un Etat d’après ce qu’on en perçoit dans le pays. C’est ce que l’ONG Transparency International tente de mesurer chaque année : la perception de la corruption d’un pays à un autre. Les résultats de l’étude de l’indice de perception de la corruption (IPC) pour 2025 viennent d’être publiés.

L’indice de perception de la corruption croise des données de 13 sources externes, dont la Banque mondiale, le Forum économique mondial, des sociétés privées de conseil et de gestion des risques, des groupes de réflexion et d’autres organismes.

Il permet d’attribuer des points aux pays selon le taux des poursuites judiciaires engagées contre des fonctionnaires corrompu, selon le taux de détournement de fonds publics, selon aussi la qualité de la protection des lanceurs d’alertes etc. Une fois ces points distribués, Transparency International classe les pays en fonction de leur score.

Sur les 180 pays classés, le Danemark arrive en tête, avec 89 points et le Soudan du Sud et la Somalie en queue de peloton avec 9 points chacun.

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L’Afrique subsaharienne en mauvaise place

L’Afrique subsaharienne est la région la plus mal classée du monde, avec une moyenne de 32/100.

Seuls 4 pays de la région dépassent le score de 50/100, et aucun pays francophone n’est mentionné parmi ces mieux classés (Seychelles, Cap-Vert, Rwanda, Botswana). Les écarts intra-régionaux sont très marqués sur le continent africain.

Parmi les pays francophones, l’Afrique de l’Ouest obtient une note moyenne de 34,2/100 (le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire sont en tête, grâce à des réformes administratives notamment, contrairement à la Guinée dont Transparency International pointe les faiblesses institutionnelles et un espace civique très contrôlé).

Le Sahel, fragile

Dans le Sahel, les résultats des pays francophones sont moins bons. Les scores traduisent des environnements sécuritaires et politiques tendus ainsi que des institutions fragilisées par le resserrement des contre-pouvoirs. Autant de conditions propices à la corruption.

Le Burkina Faso est en tête des pays sahéliens mais avec un score de 40, soit bien en-dessous de la moyenne de 50/100. A titre de comparaison, le Niger obtient un score de 31, le Mali de 28 et le Tchad de 22/100.

Afrique centrale francophone

En Afrique centrale francophone, la note moyenne est à la baisse, en raison des conflits qui émaillent la zone, tel que celui qui continue dans l’est de la République démocratique du Congo (20/100), dont l’Etat central ne contrôle plus une partie du territoire, désormais aux mains de groupes armés. Le Burundi (17) aussi reste dans le bas du tableau général. Quant au Rwanda, avec ses 58 points sur 100, il fait figure d’exception.

Pour conclure, notons qu’aucun pays d’Afrique francophone n’atteint les 70 points sur 100, le seuil où commence la zone d'”intégrité élevée”, selon le barème fixé par Transparency International.

Des mains de femme donnent une enveloppe à une main d'homme (symbole, illustration)

Et en Europe…

A titre de comparaison, créditée de 77 points, l’Allemagne figure en dixième position mondiale du classement, soit à  27 places devant la France (66/100).

François Valérian, président de Transparency International, déclare : “Nous avons des lois anti-corruption qui existent. Il existe des organismes de lutte contre la corruption. Simplement, les lois ne sont pas appliquées et les organes manquent d’indépendance et de ressources.”

Il déplore “un manque d’intérêt de la part d’un certain nombre de gouvernements, en particulier ceux du Nord, qui pensent qu’ils se sont déjà attaqués à la corruption et qu’il n’est pas nécessaire d’agir davantage”.

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Renforcer l’indépendance de la justice

Transparency International indique que ses données montrent que les démocraties, généralement plus fortes en matière de lutte contre la corruption que les autocraties ou les démocraties imparfaites, connaissent une baisse inquiétante de leurs performances.

Cette tendance s’étend à des pays tels que les États-Unis, mais aussi à diverses parties de l’Europe. C’est pourquoi François Valérian réclame des actions : “Nous avons besoin d’un système judiciaire indépendant de la branche exécutive du gouvernement, qui soit également indépendant des intérêts privés. Et le système judiciaire, qui dispose de suffisamment de personnel et de ressources financières, doit faire son travail”.

À la fin de l’année dernière, l’UE a adopté sa première directive anticorruption, qui vise à harmoniser les lois pénales sur la corruption.

Mais il faudra un certain temps avant que les résultats ne soient visibles.