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Addis-Abeba Le Bénin trace les contours d’une présidence africaine attendue

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Le Bénin trace les contours d’une présidence africaine attendue

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Dans les couloirs feutrés du siège de l’Union africaine, la scène avait valeur de signal. Les 28 et 29 juillet 2026, la ministre béninoise des affaires étrangères, Corinne Amori Brunet, s’est entretenue avec Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’organisation panafricaine, en marge de la 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif. L’échange n’avait rien d’une visite de courtoisie. Il préparait une échéance que Cotonou entend transformer en démonstration de méthode : la présidence tournante, en septembre, du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.

Cette responsabilité n’est pas tombée du ciel. Le 11 février 2026, déjà à Addis-Abeba, le Bénin avait été élu membre de cet organe pour le mandat 2026-2028. La présidence tournante de septembre en constitue l’aboutissement naturel, mais aussi le test le plus exposé. Car le Conseil de paix et de sécurité demeure l’instance la plus scrutée de l’architecture continentale, celle qui arbitre les crises, mandate les missions, tranche sur les transitions politiques. En prendre la tête, même pour un temps limité, place un État sous les projecteurs de ses pairs.

Le calendrier renforce la portée du moment. La présidence béninoise coïncidera avec la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York, tribune où les priorités du continent trouvent une caisse de résonance mondiale. Cotonou y voit l’occasion de porter une voix africaine sur les questions de paix et de sécurité, et de resserrer le dialogue entre l’Union africaine et l’ONU, ce couplage institutionnel dont dépend l’efficacité des réponses aux crises, du Sahel à la Corne de l’Afrique.

Pour un pays de taille moyenne, longtemps perçu comme un acteur discret de la scène régionale, l’exposition diplomatique ainsi acquise n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une trajectoire assumée depuis l’arrivée au pouvoir du président Romuald Wadagni, dont la première tournée sous-régionale avait déjà dessiné une ambition : faire du Bénin un partenaire audible, capable de peser sur les grands dossiers continentaux sans renoncer à la mesure qui a longtemps fait sa réputation.

La séquence d’Addis-Abeba illustre cette montée en puissance. En choisissant de préparer sa présidence au contact direct de la Commission, Cotonou signifie qu’il n’entend pas subir l’agenda, mais l’orienter. Le Bénin arrive dans un environnement sécuritaire dégradé, où l’expansion des groupes armés vers les États côtiers du golfe de Guinée, la fragilité des transitions sahéliennes et les tensions au sein des ensembles régionaux imposent une lecture fine des équilibres. Sur ces sujets, la crédibilité d’une présidence se mesure moins aux déclarations qu’à la capacité de dégager des consensus.

L’enjeu, pour Corinne Amori Brunet, sera précisément de convertir cette exposition en influence. Diriger le Conseil de paix et de sécurité suppose de fixer l’ordre du jour, de conduire des négociations souvent âpres entre États aux intérêts divergents, et de tenir un langage à la fois ferme et rassembleur. C’est un exercice d’équilibriste où la moindre maladresse se paie en capital politique. Mais c’est aussi une occasion rare de démontrer qu’un pays peut, par la qualité de sa diplomatie, compenser sa surface géographique.

Reste que la présidence tournante n’est qu’un mois dans un mandat de deux ans. Sa réussite se jugera dans la durée, à l’aune de la constance avec laquelle le Bénin saura défendre ses priorités une fois le marteau présidentiel transmis. Les prochaines semaines diront si la préparation minutieuse observée à Addis-Abeba se traduit par des initiatives concrètes lors de la session onusienne de septembre.

Dans une région où les fractures sécuritaires s’approfondissent, la voix d’un État soucieux de dialogue et de méthode ne sera pas de trop. En s’installant, méthodiquement, au cœur de l’appareil de paix continental, le Bénin fait le pari que la diplomatie patiente reste un actif stratégique. La démonstration commence en septembre.

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